DOCTOR WHO.
THE DOCTOR'S WIFE (6.04) Parlons un peu d'amour.
J'ai la dent dure envers la série Doctor Who depuis qu'elle a été reprise par Steven Moffat, pour des tas de raisons déjà citées dans de précédentes reviews. Ces raisons sont toujours plus que valables et d'actualité. Mais ce n'est pas pour rien que je continue à regarder la série.
J'en suis tombée amoureuse il y a des années, on a eu notre période de lune de miel, nos premières disputes et chagrins (mais nous en sommes ressorties plus fortes), et au fil du temps nous avons perdu l'excitation des premiers jours. Elle a changé. Elle n'est plus vraiment celle que j'ai aimé autrefois. J'ai beaucoup de mal à pardonner sa liaison avec Steven Moffat (mais que trouve-t-elle à ce douchebag sexiste ?). C'en est au point où parfois on se déteste.
Toutefois je ne peux pas la quitter, parce qu'au fond, je sais qu'elle est toujours celle que j'ai aimée. Je sais, je sais, elle ne sera jamais plus comme avant. Mais je veux croire qu'il y a toujours du bon en elle. Et notre thérapie de couple avec le Dr Neil Gaiman me donne beaucoup d'espoir.
Gaiman, Jones & Smith, Dreamteam ?
Ah, Neil Gaiman. Je ne vais pas mentir : tout comme j'ai des préjugés négatifs envers Steven Moffat avant même de voir ses scripts réalisés sur mon petit écran, j'ai des préjugés très positifs envers Neil Gaiman. C'est juste un auteur que j'aime beaucoup. Un des rares auteurs contemporains que je suis de livre en livre (à part James Ellroy et Bret Easton Ellis, oui, je sais, genres complètement différents) sans me lasser. Il y a juste quelque chose dans ses idées, ses histoires et son univers qui m'attire.
J'aime ses créations. Je rêve, comme beaucoup de ses fans également friands de la série Doctor Who, qu'il ponde un épisode pour la série depuis des années.On le sait fan de la première heure, et on sait qu'il a redécouvert avec plaisir la série avec sa fille grâce au reboot de Russell T. Davies. Gaiman et Who sont un duo gagnant sur le papier, et rien que l'annonce officielle de cette association m'a vaillamment préparée à affronter la saison 6 de Doctor Who malgré la profonde dépression que la saison 5 de cette dernière avait causé chez moi. Dépression, accompagnée de désaffection.
Et c'est ce sur quoi joue beaucoup cet épisode et le fait fonctionner : l'affection. Car oui, trêve de pseudo-suspens, l'association cosmique de mon auteur fantasy (au sens large du terme) favori et de ma série de telefantasy (au sens large du terme) favorite a tenu ses promesses et j'ai trouvé l'épisode très réussi. Je pourrais citer des tas de raisons sur la qualité intrinsèque de l'épisode, et j'y reviendrai plus bas, mais je dois admettre que ma raison principale de succomber à cet opus est sa façon de jouer sur l'affectif du fan de base de Doctor Who.
The Doctor's Wife, comme son titre l'indique, est un épisode sur une histoire d'amour, l'ultime histoire d'amour de la série : que les Sarah Jane Smith, Master, Romana I ou II, Rose Tyler ou River Song débarrassent le plancher. Le véritable grand amour du Doctor est le Tardis. La série, quoiqu'il lui arrive, sera toujours l'histoire du Doctor et du Tardis, le seul élément qu'aucun showrunner, qu'on vénère ou exècre, ne pourra changer.
Dans un sens, le Tardis est encore plus immuable dans l'identité de la série puisqu'elle au moins ne change pas. Elle sera toujours une blue police box et si quelqu'un s'avise de changer cela, il ou elle se fera probablement immoler par le feu par une horde de fans enragés plus redoutables qu'une Zombie Apocalypse. Et pourquoi la changerait-on ? N'est-elle pas parfaite telle quelle ?
Doctor, Meet Your Spaceship. Not Weird. At All.
J'ai toujours aimé le Tardis à l'excès. Je l'ai toujours considérée comme vivante et ayant son propre agenda. Elle a toujours été un personnage à part entière que j'aimais autant que le Doctor ou mes companions favorites. Je la personnifie. D'ailleurs c'est une des raisons qui font que j'ai détesté dans Forest of the Dead (4.09) l'idée du Doctor ouvrant les portes du Tardis en claquant des doigts, parce que je trouvais cela irrespectueux.
J'aime les réactions qu'elle suscite, j'aime les possibilités que son existence entraîne (l'aventure, tout un univers à découvrir), j'aime l'affection que lui montre le Doctor et occasionnellement les companions (je pense notamment à Rose Tyler et Martha Jones). Et j'aime aussi ce qu'elle signifie pour le Doctor, son ultime companion, la plus loyale et celle qui lui a permis de fuir sa planète d'origine et la société affreusement étriquée et indolente des Time Lords. Le Tardis est la racine de la série. Elle est tout pour le Doctor. Elle est donc tout pour le spectateur.
Ainsi l'idée, dans l'épisode de Gaiman, de la personnifier de facto (alors que le fan moyen ou les personnages dans la série ont tendance à déjà le faire plus ou moins consciemment) dans un corps avec lequel le Doctor peut interagir, était forcément fédératrice. Comment résister à la chance de voir le Tardis parler, exprimer ses idées, répondre à certains mystères ? C'est un fantasme de fan, tout comme c'était un fantasme du Doctor. Comme l'a si bien dit Amy dans une de ses seules bonnes répliques de toute son histoire dans la série "Doctor, did you wish really hard ?".
Ce fantasme, réalisé par Gaiman, remplit deux fonctions : c'est non seulement une déclaration d'amour de l'écrivain pour la série, mais aussi un geekasme pour les fans. Imaginez qu'on fasse parler Serenity pour les fans de Firefly, ou l'Impala pour les fans de Supernatural ? Le plus magique c'est que tout le monde s'y retrouve : on peut détester Steven Moffat, ou Matt Smith, ou New Who, ou même Neil Gaiman, au final tous les spectateurs se retrouvent à regarder un épisode dont ils avaient rêvé.
Peu étonnant que The Doctor's Wife soit l'un des épisodes les plus acclamés de l'histoire de la série. Il risque même de battre Blink (3.10) et il le bat déjà en ce qui me concerne rien que pour l'aspect affectif. C'est un épisode devant lequel tous les fans peuvent se réunir. Cela rappelle aux fans en perdition pourquoi ils aiment ou ont aimé la série. C'est symbolique. Cela nous rappelle les fondements de la série, et pourquoi elle est formidable.
En tout cas, cela me l'a rappelé à moi. Je suis déconnectée de la série depuis la reprise en main de l'an dernier. Parfois j'ai l'impression que Steven Moffat rentre dans ma tête, choisit tout ce que je déteste ou serait susceptible de m'agacer et ensuite mets les idées dans la série. Neil Gaiman fait exactement l'inverse en allant cueillir dans ma petite tête tous mes fantasmes de fan : difficile de discuter la légitimité du Doctor de Matt Smith quand on voit le personnage éprouver autant d'amour que soi pour le Tardis. Même si on désapprouve la ligne du personnage, on se retrouve enfin en terrain familier.
De plus, quand je parle d'idées dont j'ai rêvé et que Gaiman a réalisées, je ne parle pas simplement de la personnification du Tardis dans une femme excentrique (interprétée brillamment par Suranne Jones, allant du fantasque à l'innocence en passant par la tendresse et le truculent avec élégance). Je parle aussi de cette exploration du Tardis, si grand à l'intérieur mais dont on voit rarement plus que la salle de contrôle. Je parle aussi de l'idée du vaisseau se retournant contre ses personnages qui la considèrent comme leur chez eux. Je parle aussi de la confirmation d'une théorie courant chez les fans depuis toujours : celle que le Tardis emmène volontairement le Doctor là où il a besoin d'être, pas là où il veut être.
Et quel bonheur de voir le Doctor du point de vue du Tardis. J'ai tout adoré, le mélange inapproprié de complicité, de séduction maladroite, de partenariat solide et d'allusions cryptiques au passé/présent/futur (car forcément le passé, le présent et le futur se confondent en elle). J'ai adoré qu'elle l'appelle My Thief, et qu'elle renverse l'anecdote sur leur rencontre : ce n'est plus le Doctor qui a volé un vaisseau pour fuir Gallifrey, c'est le Tardis qui s'ennuyait et voulait découvrir l'Univers et ainsi a dérobé un Time Lord pour arriver à ses fins. Cela confirme mon image du Tardis, comme d'une Lady opiniâtre et curieuse qui fait tout comme bon lui semble et mène le jeu, le Doctor, l'histoire. Doctor Who n'est ainsi plus tellement l'histoire d'un Doctor mais celle d'une Time And Relative Dimension In Space, Type 40 & oh, so Sexy.
L'épisode est un hommage de 45 minutes à la série, aussi bien Classic Who que le New Who, de Moffat bien sûr puisqu'il s'agit de son terrain de jeu, mais aussi du Who de Russell T Davies avec la présence d'un Ood, de l'ancienne salle de contrôle des ères Eccleston/Tennant ou une mention assez salutaire de la Time War. Le manque de références directes à l'ère précédente de Doctor Who ne m'avait pas tellement manqué car pour être honnête je n'en attendais pas et je suis bien vite devenue pointilleuse sur beaucoup (trop) d'autres détails propres au Who de Moffat.
Evil Ood. Must Be Saturday.
Mais c'est en voyant toutes ces références dans l'épisode de Gaiman que je me rends compte qu'en réalité cela me manquait. Surtout que les dites références ne sont pas gratuites : la présence de la précédente salle de contrôle (ah ! comme ces tons vert X Files m'avaient manqué !) sert au dénouement de l'intrigue pour combattre House, l'entité ayant pris possession du Tardis (le vaisseau, pas son âme dans le corps d'Idris); le Ood est une présence confortable nous raccrochant à la mythologie de la série; et la mention de la Time War, la culpabilité et l'espoir d'un Time Lord survivant est juste un détail de caractérisation et de continuité nécessaire et qui rappelle qui est le personnage du Doctor (surtout quand sa dernière version en date laisse indifférent ou perplexe).
Un épisode familier, donc, mais qui se sert plutôt bien des apports du Who de Moffat. Ainsi The Doctor's Wife est le premier épisode depuis Vincent and the Doctor (5.10) où je n'ai pas eu une seule fois envie de trucider Amy Pond. J'ai tout de même levé un sourcil perplexe quand elle déclare ne pas vouloir laisser le Doctor seul (après qu'il commence à croire à tort que des Time Lords survivants se trouvent sur la planète "hors de l'univers" sur laquelle se situe l'action) parce qu'il était émotif et qu'il faisait des erreurs quand il était émotif. D'une parce que la réplique suggère qu'on a déjà vu ce Doctor être émotif (?) et que d'habitude il ne fait pas d'erreurs (alors que c'est le Doctor le plus incompétent depuis longtemps).
Hey, Sexy.
En fait toute la façon dont Amy appréhende la potentielle situation dans laquelle se trouve le Doctor est étrange. Dans la série leur relation semble tellement superficielle et inégalitaire qu'on n'imagine pas ce Doctor s'être confié à elle au sujet des Time Lords. Mais c'est honnêtement la seule remarque négative que j'ai à faire sur l'épisode niveau caractérisation. J'ai adoré que le Doctor admette qu'il cherche à être pardonné car c'est une idée (et réplique) simple et puissante. Comme je l'ai indiqué, ses interactions avec le Tardis!Idris étaient réjouissantes. Sa réaction touchante à sa mort et la dernière image douce-amère tout en tendresse du Doctor dans la console ont fait du bien. Enfin un personnage tri-dimensionnel.
Du côté des Ponds c'était également intéressant de se mettre un peu du point de vue d'Amy, quand House utilise le Tardis pour manipuler son esprit et la perdre dans un cauchemar en boucle : la voir imaginer un Rory vieillissant et amer qui l'attend de nouveau pendant 2000 ans et perd la tête, nous donne enfin une vision plus humaine de ce personnage. J'ai toujours trouvé incroyablement difficile de comprendre Amy ou de la trouver attachante, elle semblait manquer d'empathie, de compassion, de profondeur.
Nous mettre quelques minutes dans son esprit nous permet de réaliser que les évènements du final de l'an dernier la hantent, qu'elle éprouve de la culpabilité. De plus je commence enfin à accepter son amour pour Rory (ce qui avait été tellement mal fait l'an dernier que cela rendait leur mariage parfaitement risible : ironique considérant qu'il était censé être le point d'orgue du final).
Quant à Rory, il trouve aussi un genre d'évolution dans l'épisode, puisque c'est lui qui mène toute la partie du piège dans le Tardis, prenant les choses en charge, Amy étant complètement inutile et manipulée. Il prend de l'épaisseur et de l'assurance depuis le début de la saison. Cela contribue à rendre Amy toujours aussi tarte, mais au moins son personnage s'enrichit et son monde s'élargit au-delà de son épouse.
Il continue également à être le seul personnage à éprouver un peu d'empathie, et j'ai adoré la scène où il admet que voir quelqu'un mourir le secouait parce qu'il était infirmier. On remercie Rory pour ça, parce qu'Amy voit des morts, des génocides, des veuves éplorées, etc, et cela ne suscite jamais la moindre réaction chez elle. C'est peut-être ça le grand mystère de la saison : on découvrira dans le final que depuis le début ... AMY ETAIT UN ROBOT. Une nouvelle génération de Daleks. Les Daleks me manquent un peu ...
Caractérisation à part, l'intrigue en elle-même m'a plu. J'ai beaucoup aimé l'idée de la planète "Hors de l'Univers", l'appel de détresse attirant des Time Lords et leurs Tardis comme une sirène (et pour le coup c'était mieux fait que l'épisode précédent, Curse of the Black Pearl Spot, (6.03) tellement anecdotique que je ne prends pas la peine de le reviewer). J'ai aimé les étranges minions de House créés de toute(s) pièce(s) et éphémères. House en lui-même était un bad guy peut-être pas assez marquant, par manque d'exposition (et je ne parle pas pas de présence physique, ce n'est pas nécessaire pour être effrayant, mais je pense qu'il lui manquait quelques scènes).
Tardis, Where Have You Been All My Life ?
Mon seul bémol concerne la partie à l'intérieur du Tardis. Bien sûr dans cet épisode, toute scène sans la présence salutaire de Tardis!Idris semblait être une scène perdue, mais j'avoue être restée sur ma faim concernant l'exploration du Tardis et l'aspect piège labyrinthique dans lequel Amy et Rory tentent de survivre. Certaines scènes étaient vraiment impressionnantes (je pense surtout à celle où Amy découvre un Rory de 2000 ans qui a écrit partout sur les murs "KILL AMY"), mais là encore il manquait de quelque chose.
Apparemment l'épisode a été coupé de 13 minutes, ce qui est énorme considérant les habituelles coupes minimales faites aux épisodes de Doctor Who et explique à mon avis les légères frustrations rencontrées devant cet épique épisode. Sans doute aurait-il mérité d'être en deux parties, pour que la course-poursuite à l'intérieur du Tardis nous fasse découvrir plus de choses, que les jeux mentaux de House soient plus convaincants et effrayants, et surtout pour qu'on puisse passer plus du temps avec Tardis!Idris.
Je n'ai pas encore vu le prochain épisode, qui est en deux parties, mais j'espère honnêtement ne pas regretter encore plus à la vue de ce double épisode que l'épisode de Gaiman n'ait pas eu plus de temps pour s'étendre. D'après les échos que j'en ai eus, je ne suis pas très confiante, et je pense honnêtement le regarder à reculons. The Doctor's Wife a été diffusé il y a trois semaines, et je fais seulement maintenant ma review. Je tiens à rester sur cette bonne impression. Je reste sur cette assise confortable, et familière, cette déclaration d'amour pour la série qui m'en rappelle les bons côtés à une période où j'ai l'impression de me préparer à une bataille à chaque fois que je commence à regarder un épisode.
Gaiman, tu peux revenir quand tu veux dans Doctor Who. La porte est grande ouverte et on t'accueillera avec enthousiasme.
NOTE : Neil Gaiman Makes Everything Better. And I Love You Too, Tardis.





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